Connaître le droit … pour mieux s’en émanciper ? « Know your rights », un manifeste en épitaphe (The Clash, 1982) — Une analyse d’Olivier Corten

Publié le 30 mars 2026

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The Clash - Know your Rights

On a déjà, dans une précédente chronique, présenté ce groupe britannique qui a marqué l’histoire de la musique populaire, en réussissant à canaliser et renouveler l’énergie du punk vers de nouveaux horizons (https://cdi.ulb.ac.be/clash-a-linstitut-de-droit-international-washington-bullets-et-le-principe-de-non-intervention/). Comme on l’ indiquait alors, l’identité de ce groupe aussi influent qu’éphémère (1976-1983, date de la séparation des membres originels) est à rechercher dans un engagement et une énergie non seulement sonores mais aussi politiques. Cette énergie s’est évidemment déclinée en chansons. « White Riot », le premier single du groupe, sorti le 18 mars 1977, offre à cet égard un exemple emblématique (https://www.youtube.com/watch?v=IvG3is7Bm1w). Dans ce brûlot punk particulièrement percutant délivré en moins de deux minutes, les Clash y engagent les Blancs à se révolter pour lutter contre les discriminations raciales visant la population noire. La chanson a été écrite après que les membres du groupe eurent participé à une émeute le 30 août 1976, au carnaval de Notting Hill : « Après cet épisode, je me suis posé pour écrire les paroles de White Riot. Elle explique aux Blancs de façon maladroite que, pour changer quelque chose, il faut soit être anarchiste, soit activiste : ça ne sert à rien de rester prostré et balloté par la société. Cette émeute a été le jour le plus important de la vie […] Ils n’avaient aucun contrôle sur nous. Le quartier brûlait », écrit Joe Strummer (Strummer, Jones, Simonon, Headon, The Clash, Au diable vauvert, 2008, pp. 104-105), peut-être en écho à une autre chanson au titre évocateur sortie sur le premier album du groupe (« London’s burning » : https://www.youtube.com/watch?v=I6XijqjtJoA). On le comprend, le respect du droit ne semble pas constituer la valeur suprême des Clash, comme le confirme cette anecdote liée à leur participation au concert « Rock against Racism » à Londres, le 30 avril 1978 : « Je portais un t-shirt des Bridages Rouges parce qu’elles n’obtenaient pas la couverture médiatique qu’elles méritaient. Après Aldo Moro, l’équivalent italien de Winston Churchill, ils se sont mis à buter un homme d’affaires par semaine » (Joe Srummer, The Clash, op.cit., p. 137).

Bref, The Clash se présente comme un groupe rebelle, voire violent, dans les paroles et dans les actes, une représentation qui se traduit dans l’imagerie véhiculée par le groupe et qui fera son succès, notamment avec les albums London Calling (1980) et Sandinista ! (1981).

En comparaison, « Know your rights », le premier single du dernier album du groupe, sorti le 23 avril 1982, apparaît comme une œuvre marquée par la maturité, voire la sagesse … pour ne pas dire par le conformisme. La référence au droit apparaît ici assumée, non plus pour dénoncer une violation du droit international, comme dans « Washington Bullets », déjà commentée (voy. le lien ci-dessus), mais apparemment pour le promouvoir.

« This is a public service announcement. With guitar. Know your rights or three of them ». La chanson se présente à ce stade comme une annonce officielle des autorités publiques visant à promouvoir la connaissance de leurs droits par les citoyennes et les citoyens. Les Clash sont alors à l’apogée de leur succès : on les présente désormais comme un « quatuor majeur de l’histoire du rock (https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Clash), ils jouent dans des stades aux États-Unis où ils sont célébrés comme une légende, de sorte qu’une question se pose :  auraient-ils quitté les gangs pour rentrer dans le rang ? Le style musical de la chanson pourrait le laisser croire : bien loin des explorations artistiques qui avaient marqué leur parcours jusque-là (reggae, dub, funk, rap, …) (Chris Salewicz, Redemption Song. The Definitive Biography of Joe Strummer, Harper, 2006, p. 322), c’est un rock énergique mais plutôt classique (à l’instar de « Should I Stay or should I go », autre gros succès du groupe qui sort à la même époque), recyclant une utilisation saccadée de la guitare rythmique (on pense en particulier à « London Calling », l’une des chansons les plus connues, sortie trois ans plus tôt). L’image même du groupe semble également s’être policée, comme l’illustre cette photo où ses quatre membres nous gratifient d’une pose plutôt maniérée, mise en scène devant une rutilante Cadillac à Philadelphie, aux proches abords du JFK Stadium.

Mais une analyse plus pointue de « Know your rights » doit nous mener à nuancer, voire à inverser, cette première impression. Comme le laissent entendre les premiers mots repris plus haut, la chanson se déploie d’abord en trois parties, correspondant chacune à un droit humain : le droit à la vie, le droit à un niveau de vie suffisant, et le droit à la liberté d’expression. Et, pour chacun de ces droits, une même structure apparaît : un exposé formel de l’existence du droit, dans un premier temps, lequel fait ensuite l’objet d’une virulente critique, dans un second. Le couplet suivant en offre une belle illustration :

« Number 1
Numéro 1
You have the right not to be killed
Tu as le droit de ne pas être tué
Murder is a CRIME !
Le meurtre est un CRIME !
Unless it was done by a
Sauf s'il a été commis par un
Policeman or aristocrat
Policier ou un aristocrate
Know your rights
Connais tes droits »

Les paroles font presque écho à ce passage de l’Internationale, dénonçant une approche formaliste du droit bourgeois (voy. à ce sujet Olivier Corten, La rébellion et le droit international, Les livres de poches de l’Académie de La Haye, 2015, pp. 20-21).

« L’État opprime et la loi triche ;

L’Impôt saigne le malheureux ;

Nul devoir ne s’impose au riche ;

Le droit du pauvre est un mot creux ».

Dans cette perspective directement héritée d’une approche marxiste du droit, « Know your rights » révèle un double message. Il ne s’agit pas seulement de découvrir l’énoncé formel des règles de droit telles qu’on les retrouve dans les textes, mais aussi d’en critiquer les soubassements, en prenant en compte la manière dont ces règles sont appliquées, et même instrumentalisées par les classes dominantes (les Clash désignent les « aristocrates », mais le mot est probablement à entendre dans le sens d’une classe sociale supérieure, incluant la haute bourgeoisie). De ce point de vue, il va de soi que le discours des droits humains ne peut offrir un instrument efficace d’émancipation, ce qui peut justifier voire exiger des manifestations ou des mouvements de lutte potentiellement violents. La partie finale de « Know your rights » ne laisse aucun doute à ce sujet :

« Know your rights
Connais tes droits
These are your rights
Voici tes droits
Or three of 'em

Ou trois d'entre eux
It has been suggested
Il a été suggeré
In some quarters that this is not enough !
Dans certains quartiers que ce n'est pas assez !
Well... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
Et bien... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

Get off the streets
Dégage !
Get off the streets
Dégage !
Run
Cours ».

 

On le constate, la chanson s’impose comme l’un des exemples les plus évidents d’une critique des droits humains. Mais, cela étant, quel doit être l’objectif de cet appel ? S’agit-il de lutter pour que les droits soient plus équitablement respectés, d’exiger que de nouveaux droits soient accordés, ou encore de renoncer à toute solution de type juridique ? Si l’on reprend un autre couplet de l’ « Internationale », c’est la deuxième voie qui semble privilégiée :

« C’est assez languir en tutelle,

L’égalité veut d’autres lois ;

« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,

« Égaux, pas de devoirs sans droits ! ». 

« Know your rights », quant à elle, se garde bien trancher, laissant les trois voies, empruntées seules ou concurremment, ouvertes. En tout cas, on ne peut certainement interpréter la chanson comme une ode au respect de l’ordre juridique et politique établi, comme pourrait a priori le laisser entendre le titre. Laissons une dernière fois la parole à son chanteur, Joe Strummer :

« La musique de Mick [Mick Jones, autre membre du groupe] était géniale, mais pour le reste on n’a pas été à la hauteur. Ça se voulait ironique mais personne n’a compris. J’ai toujours pas digéré… » (The Clash, op.cit., p. 259).

Mais est-il si sûr que « personne n’ait compris »? On peut sérieusement en douter, que l’on se limite à la scène musicale ou qu’on élargisse la perspective à l’échelle du champ juridique international. 

Sur la scène musicale, « Combat rock », l’album ouvert par « Know your rights », a été loué comme un « sharp statement, powerful propaganda » (selon les termes du New Musical Express, cité dans Pat Gilbert, Passion as a Fashion. The Real Story of The Clash, Aurum, 2004, p. 320), d’autres critiques ajoutant que « The Clash portrait is apocalyptic, sleazy but exciting : law and order is crumbling » ou que « Combat Rock is The Clash’s last great statement, and maybe their most important […] Their music had much more in common with the political invective of rap song like Grandmaster Flash’s  ‘The Message’ » (Pat Gilbert, ibid.). De ce point de vue, on ne peut pas dire que cet album en général, ou cette chanson en particulier, aient mené les critiques à présenter The Clash comme un groupe sur le déclin, y compris sur un plan politique.

En tout cas, dans le champ juridique international, la combinaison des différentes options ouvertes dans le dernier couplet de « Know your rights » apparaît comme une voie empruntée par bien des mouvements critiques. Qu’il s’agisse des droits des peuples, des droits des femmes ou encore de la justice climatique, l’exigence de « connaître ses droits » ne se conçoit pas sans un combat pour les faire respecter, les modifier ou parfois en contester les insuffisances par la voie de la désobéissance civile, voire la révolution (Olivier Corten, Le champ juridique international, Les livres de poche de l’Académie de La Haye, 2025). De ce point de vue, la chanson commentée ici pourrait être vue comme un manifeste en forme d’épitaphe. Car, après s’être demandés s’ils devaient rester ou partir, les Clash quittaient la scène peu de temps après, estimant sans doute n’avoir plus rien à ajouter : « Know your rights » !

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