Archives de catégorie : Droit international et Cinéma

cinémaDepuis quelques années, les études sur le droit au cinéma ou dans les séries télévisées se sont multipliées, principalement aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Le droit international, en revanche, ne semble pas avoir fait l’objet de nombreuses études ou projets de recherche. Il y a quelques années, le New York University a lancé un projet intitulé « International Law and Films » (http://www.iiljfilms.blogspot.be/ ), mais ce projet semble en veilleuse depuis 2008, et ne reprend par ailleurs pas d’extraits de films pour illustrer le propos. Le présent projet consiste en revanche en une présentation d’extraits de films, de séries télévisées ou d’autres expressions audiovisuelles, dans lesquels le droit international est impliqué.

Pour chaque extrait, on part d’une présentation par définition subjective, opérée par la personne qui a choisi de le poster sur le site. La méthodologie suivie est similaire à celle qui est reprise dans l’ouvrage Du droit international au cinéma (Paris, Pedone, 2015), lequel reprend les actes du colloque organisé par le Centre de droit international à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Pour plus de confort, il est conseillé du lecteur d’imprimer le commentaire écrit et de le lire tout en consultant les extraits à partir de l’écran…

Toute personne intéressée peut envoyer une proposition de commentaire (qui doit faire entre 3 et 5 pages au maximum, images comprises) à Olivier Corten ( ocorten@ulb.ac.be ) et François Dubuisson ( frdubuis@ulb.ac.be ).

Fantômes balkaniques et prémonitions munichoises : The Lady Vanishes (Alfred Hitchcock, 1938) – Une analyse d’Antoine Buchet

lady_vanishesL’espionnage et les rivalités entre grandes puissances occupent une place prépondérante dans la première période anglaise d’Alfred Hitchcock, entamée à l’ère du muet dans les années 1920. On y retrouve en particulier la version originelle de The Man who Knew too much (L’homme qui en savait trop), dont il fera lui-même le remake en 1956, mais aussi The Thirty-Nine Steps (Les 39 marches), qui préfigure l’un des films les plus remarquables de sa période américaine, North by Northwest (La mort aux trousses). On y savoure aussi les délicieuses aventures de Miss Froy, dans The Lady Vanishes (Une femme disparaît), produit et réalisé en 1938, et sorti sur les écrans au mois d’août de la même année – la date a son importance, on y reviendra.

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House of Cards (Season 3): International Law and American Power – A review by Jed Odermatt

houseThere is nothing international lawyers love more than seeing their obscure fields of interest being discussed in popular culture (and of course, discussing how the writers got the law wrong). International lawyers relished, therefore, in Season 3 of House of Cards, in which discussions of international law play more than a minor role. House of Cards also provides great insight into how international law is perceived, and its complex relationship with power and morality. It illustrates two competing visions of international law and American power. Continuer la lecture

La controverse de Valladolid (Jean-Daniel Verhaeghe, 1992) Les controverses du droit: l’universel et ses autres – Une analyse de Julie Saada

La_Controverse_de_ValladolidDiffusé en 1992 et récompensé par plusieurs prix[1], le film de Jean-Daniel Verhaeghe est une adaptation télévisuelle de la pièce de Jean-Claude Carrière[2], qui présente la célèbre controverse à travers deux journées de discussions tenues en avril 1550 au monastère des dominicains à Valladolid. La controverse oppose le dominicain Bartolomé de Las Casas (Jean-Pierre Marielle) au théologien Juan Ginès de Sépulvéda (Jean-Louis Trintignant), dont les arguments visent à permettre au légat du pape (Jean Carmet) de décider, soixante ans après la découverte de l’Amérique, si les Indiens sont « des êtres humains achevés et véritables, des créatures de Dieu, nos frères par la descendance d’Adam » ou « des êtres d’une catégorie distincte », voire « sujets du diable ». Continuer la lecture

1492 : La Conquête du Paradis ou les ambivalences du droit international colonial – Une analyse de Carlos Espaliú Berdud

1492 COVER1492 : La Conquête du Paradis, est un film européen réalisé par Ridley Scott et écrit par Roselyne Bosch, sorti en 1992 pour célébrer le 500ème anniversaire de la découverte de l’Amérique par le navigateur Christophe Colomb. Les acteurs principaux sont Gérard Depardieu, dans le rôle de Christophe Colomb, et Sigourney Weaver, dans celui de la reine Isabelle, tous deux secondés par Armand Assante et Fernando Rey. La première partie du film nous montre les efforts que déploie Colomb pour convaincre les souverains espagnols – qui étaient en train d’achever la Reconquista de la péninsule Ibérique dont une partie était encore aux mains des musulmans – de valider et de financer un projet dont le but était d’ouvrir une nouvelle route maritime en direction des Indes, en naviguant vers l’ouest. Après quelques tentatives infructueuses, Colomb, qui parvient à gagner la confiance de la Reine, arrive à la convaincre et peut, enfin, réaliser son rêve. La deuxième partie du film présente au spectateur les énormes difficultés de la traversée, le découragement des marins, la foi et l’entêtement de Colomb et, enfin, le spectacle de la terre ferme, après plusieurs semaines de navigation, et l’arrivée sur une île du nouveau Monde. Le moment du film où Colomb met le pied sur la plage de l’île inconnue et découvre ce paradis d’une beauté incomparable est particulièrement émouvant. La musique épique de Vangelis accompagne ces images pour donner la mesure d’un événement historique. Continuer la lecture

Lord of War (Andrew Niccol, 2005): The maritime adventures of a gunrunner – A review by Marco Benatar

In recent years, Nicolas Cage has risen to fame for his unmatched overacting and unintentionally hilarious rendering of roles requiring gravitas. To our good fortune, the star of Lord of War delivered one of his better performances in this war/crime film. Cage plays a Ukrainian-born New Yorker, Yuri Orlov, a disgruntled man whose zest for life pulls him into the shadowy realm of arms trafficking. We watch him progress from small-time peddler to weapons supplier extraordinaire to dictators and militias alike. All the while, his moral compass is seriously put to the test.

As transpires from the storyline, Lord of War provides fertile ground for international law discussions, whether they pertain to co-operation in transnational law enforcement, United Nations sanctions, international criminal justice, the legal framework governing the small arms trade etc. Ample are the themes from which to choose and it comes as no surprise that this film is frequently screened at NGO-hosted movie events, Amnesty International being a prime example. The selected extract deals with a less likely topic given the general thrust of the movie: maritime interdiction. Continuer la lecture

Inglorious Basterds (Quentin Tarantino, 2009) : De l’inapplicabilité du droit des conflits armés ratione cinemae – Une analyse de Michel Erpelding

ibMenée contre un régime radicalement opposé aux notions d’humanité et d’égalité souveraine des États, la Seconde Guerre mondiale incarne, dans l’imaginaire collectif européen, l’idée même d’une guerre juste, au point que même l’Allemagne considère aujourd’hui le 8 mai 1945 comme un « jour de libération », selon l’expression de l’ancien Président fédéral Richard von Weizsäcker, récemment disparu. Le concept de guerre juste est, on le sait, éminemment problématique : étroitement associé à l’idée de punition, il semble en profond décalage avec le droit de la guerre, dont les règles ont pour seul but de limiter les dégâts humains, matériels et environnementaux causés par les hostilités, indépendamment de la qualité morale des belligérants. Le récit uchronique livré par Quentin Tarantino dans son film Inglorious Basterds attaque cette problématique de front, à l’aide d’un grand couteau de chasse. Les juristes attachés au respect du jus in bello devraient-ils lui en tenir rigueur ? Continuer la lecture

The Constant Gardener (Fernando Meireilles, 2005) – L’internationaliste : colombe, faucon ou … labrador ? Une analyse d’Agatha Verdebout

word-imageEn 2005, j’avais 17 ans et comme tout adolescente terminant ses études secondaires me revenait la lourde tâche de choisir « ma voie ». Cela faisait déjà un certain temps que le droit international trottait dans un coin de mon esprit et, avec la naïveté qui peut nous caractériser à cet âge, l’adaptation à l’écran de ce best-seller de John le Carré a probablement fait partie des nombreux éléments qui m’ont confortée dans mon idée. En revoyant ce film, près de dix ans plus tard, je pense mieux comprendre pourquoi : au fond, je n’ai fait que suivre le cheminement intellectuel que l’auteur (et le réalisateur) voulait que je suive.

The Constant Gardener nous raconte l’histoire de Justin Quayle, un diplomate britannique sans histoire issu d’une famille de diplomates britanniques sans histoires, en poste à Nairobi, Kenya. Sa femme, Tessa, juriste et activiste des droits humains qui menait une enquête sur les pratiques douteuses de certaines firmes pharmaceutiques, est retrouvée sauvagement assassinée sur les bords du lac Turkana, au nord du pays. Secoué par cette mort tragique ainsi que par les circonstances troublantes et les rumeurs d’adultère qui l’entoure, Justin décide de remonter le fil des événements; un parcours qui l’amènera à redécouvrir Tessa mais aussi à sortir de sa zone de confort. Car, foncièrement, ce thriller est le récit d’une émancipation où, pour reprendre l’allégorie de John le Carré, le héros sort de l’environnement claustral du jardin et ouvre les yeux, et surtout décide de prendre contrôle de son destin, dans la jungle qui entoure l’éden qu’il s’était créé.

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