« Dyades » de Françoise Schein (1992) / « Droit international, mon cul », anonyme (2025) : les frontières du discours juridique international

Publié le 9 février 2026

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Le 3 décembre 1993 a été inaugurée la station de métro du parvis Saint-Gilles, dans un quartier populaire de Bruxelles, et ce en la présence de plusieurs autorités publiques, dont le Prince Philippe, futur roi de Belgique. La décoration de la station avait été assurée par Françoise Schein, que l’on aperçoit ici devant son œuvre, peu après cette cérémonie.


Françoise Schein est une artiste plasticienne belge internationalement renommée, qui se définit volontiers comme « artiste des droits humains » (https://centrale.brussels/expos/le-grand-banket-de-francoise-schein/; v. plus généralement Françoise Schein. Aipotu. Un portrait à rebours, Art Public, Cellule d’architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2025). Dans la station du parvis de Saint-Gilles, comme on peut le deviner sur cette photo, elle a reproduit des extraits de la Déclaration universelle des droits de l’homme, en français comme en néerlandais. La démarche fait écho à la décoration de la station de métro Concorde inaugurée en 1991, à Paris (https://fr.wikipedia.org/wiki/Concorde_(métro_de_Paris), où est reconstitué le texte de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et préfigure la réalisation de la station de métro « Parque », à Lisbonne, en 1994, sur la voûte de laquelle des textes de droits humains sont également reproduits (https://www.inscrire.com/projet/les-decouvertes-station-parque/). 

Ainsi, comme le remarque Betina Zalcberg, « Françoise Schein charpente invariablement ses projets sur le texte de la Déclaration des Droits humains. [I]nscrire les Droits fondamentaux sur les murs de villes, souvent et partout, constitue à la fois la ligne conductrice et la raison d'être de ses projets, […] » (https://www.grandcurtius.be/fr/actualites/exposition/francoise-schein-aipotu-un-portrait-rebours).

La station du parvis Saint-Gilles ne fait donc pas exception à la règle. Les textes de la Déclaration universelle alternent avec des « dyades », le titre de l’ensemble de l’œuvre. À partir d’une interview où Françoise Schein explique sa démarche (v. réf. ci-dessous) et de l’ouvrage qui lui est consacrée (Françoise Schein. Aipotu. Un portrait à rebours, op.cit., pp. 8 et ss.), on peut conférer un double sens à ce terme. D’abord, une dyade est un segment particulier de frontière entre deux pays (la Belgique, par exemple, a quatre dyades, avec la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Luxembourg). À partir d’une carte reprenant les frontières de l’Europe, l’artiste identifie chaque dyade existante, la reproduit et la stylise, puis elle les met bout à bout pour constituer une ligne brisée qui prend la forme d’une sorte d’encéphalogramme, représentant à la fois « les variations de la politique et les cicatrices de l’histoire » (« Dyades à la station de métro Saint Gilles à Bruxelles - Françoise Schein », 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=Gt0uedE3bGc).

Ensuite, comme le relève une présentation de l’une de ses expositions et une inscription visible dans la station, le terme « dyade » désigne « l’union entre deux principes qui se complètent réciproquement, ici : les droits de l’homme et les frontières européennes » (https://www.inscrire.com/projet/dyades/).

Dans cette perspective, l’œuvre pourrait incarner la marque de son temps : au début des années 1990, la proclamation d’un « nouvel ordre mondial » s’est traduite par une célébration de la victoire à la fois des droits humains et par l’apparition de nouveaux États démocratiques (issus essentiellement de l’implosion du bloc de l’Est) chargés d’en assurer le respect.
En contrepoint, le slogan « Droit international, mon cul », apparu sur l’un des murs de la station et immortalisé par Pierre Klein sur la photo reprise plus haut —lequel doit être remercié pour avoir suscité le présent commentaire—, semble rejeter vigoureusement toute posture idéaliste ou utopique du droit international. L’œuvre, que son auteur ou son autrice a eu la pudeur de ne pas signer, est apparue dans la seconde moitié du mois d’août 2025 (elle a malheureusement été effacée peu après, en dépit de son intérêt). À ce moment où la guerre à Gaza se poursuit, le droit international n’apparaît plus comme une promesse émancipatrice apte à reconfigurer un nouvel ordre mondial, loin s’en faut. L’exemple emblématique de la Palestine est là pour nous le confirmer, avec plusieurs dizaines de milliers de victimes (la plupart civiles) d’une guerre menée par une puissance occupante contre un peuple désormais affamé méthodiquement, au point que la qualification de génocide est de plus en plus universellement admise. Les ordonnances comme les avis de la Cour internationale de Justice, de même que les résolutions des autres organes principaux de l’ONU (Assemblée générale comme Conseil de sécurité) sont foulés aux pieds, l’impuissance du discours juridique apparaissant plus évident que jamais (voy., pour un exposé détaillé, le Dossier « Gaza et le droit international » paru dans la Revue belge de droit international, 2024, https://cdi.ulb.ac.be/le-numero-2024-1-2-de-la-revue-belge-de-droit-international-est-paru/). « Droit international, mon cul », inscrit sur le texte de la Déclaration universelle des droits de l’homme, peut aussi renvoyer au refus, par les autorités belges, de respecter les milliers de jugements les condamnant à accorder un abri aux demandeurs d’asile, conformément à la convention européenne des droits de l’homme telle qu’elle a été interprétée par la Cour de Strasbourg (voy. p. ex. CEDH, Affaire Camara c. Belgique, arrêt du 18 juillet 2023). Et, à y regarder de plus près, l’expression « Droit international » est directement suivie, sur le mur, des mots « doen me zeer » qui, en néerlandais, signifient littéralement « me font très mal ». C’est dire que ce cadre de référence apparaît au mieux comme sans pertinence, au pire comme néfaste.

Mais faut-il réellement opposer le propos de Françoise Schein à celle ou celui qui a réalisé ce slogan ?

Lorsqu’elle explique sa mise en scène de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des frontières européennes, la réalisatrice de « Dyades » dénonce ces dernières comme « une notion créée de toutes pièces, qui fabrique des nationalismes ». Elle relève que, paradoxalement, la chute du mur du Berlin, supposée symboliser une unification au cœur de l’Europe, s’est traduite par une multiplication sans précédents des frontières sur le continent, marquant une relance des nationalismes « de façon assez invraisemblable ». La position de Françoise Schein semble ici s’inscrire dans la lignée d’une penseuse comme Rosa Luxembourg, qui estimait, au début du siècle dernier, que l’essor des nations ne pouvait que mener à la guerre et entraver les droits des peuples ou des personnes opprimées (Rosa Luxemburg, La question nationale et l’autonomie, Paris, Le temps des cerises, 2001 et « Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution » in Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Paris, Maspero, 1978, p. 95.). Dans la même perspective, on pourrait relever que les dyades représentant les frontières en couleur blanche, se greffent sur (et divisent) un fond bleu, qui pourrait symboliser la mer. La gestion des flux migratoires en Méditerranée, qui aux yeux de beaucoup en a fait un cimetière pour des milliers de personnes fuyant la répression et la guerre dans leurs pays d’origine, pourrait ici trouver une illustration. En bref, de la même manière que Françoise Schein a opposé les droits humains et la conquête portugaise dans la station lisboète de « Parque », on peut considérer qu’elle y oppose les frontières dans la station bruxelloise du parvis de Saint Gilles. Le droit international n’est, de ce point de vue, certainement pas loué comme une solution univoque, mais dénoncé comme comprenant des principes qui soit s’opposent, soit ne sont pas effectivement appliqués, le tout au détriment des droits de la personne humaine.

« Droit international, mon cul », pourrait alors apparaître non comme une mise en cause de l’œuvre de Françoise Schein mais comme une autre déclinaison de son propos, quoique fort différente sur un plan stylistique et artistique. On peut d’ailleurs remarquer que ce genre de formule, si elle révèle indéniablement une critique de la manière dont il est appliqué, ne revient pas nécessairement à rejeter le droit international en tant que tel. Car les termes, par la sincérité et même la candeur qu’ils expriment, présupposent que leur auteur ou autrice ait, ne fût-ce que provisoirement, placé ses espoirs dans le discours juridique international. En marquant sa déception à son égard, on reconnaît en même temps la croyance dans le potentiel de ce dernier. Reste alors à savoir comment ce désarroi peut se traduire lorsqu’on souhaite réagir. Le 7 septembre 2025, plus de 120 000 personnes descendaient ainsi dans les rues de Bruxelles pour dénoncer la situation en Palestine. Beaucoup se référaient à des concepts juridiques, notamment celui de génocide, régulièrement mobilisé par des associations de défense des droits humains comme Amnesty International, Human Rights Watch ou la Fédération internationale des droits de l’homme.

Bruxelles, 7 septembre 2025

Ces derniers, plus généralement, en appellent systématiquement au droit du peuple palestinien à l’autodétermination et au respect de ses droits, en se référant aux textes juridiques existants et à la jurisprudence internationale. En même temps, les mêmes insistent sur la nécessité de reconnaître l’État palestinien, dans les frontières établies au sein des Nations Unies. Comme si la création d’un nouvel État, et donc de nouvelles frontières, constituait une garantie d’un meilleur respect des droits humains.

Ici encore, la tension entre l’humanité —et donc l’universalité— et la territorialité —et donc la relativité— apparaît, peut-être parce qu’elle reste indépassable. Une tension exprimée de manière plus poétique par Françoise Schein dans sa présentation de « dyades » : « j’ai voulu parler d’amour, et j’ai parlé de géographie ».

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