Archives de catégorie : « Culture-pop » et droit international

Sont présentées ci-dessous les analyses du projet « Culture-pop » et droit international classées par ordre inversé de parution sur le site du centre.

« De facto » de Thomas Van Den Driessche et « Black garden » d’Alvaro Deprit : Les républiques auto-proclamées non reconnues, saisies par la photographie comme par le droit ? – Une analyse d’Anne Lagerwall

Deux tanks, deux républiques dont l’indépendance a été proclamée suite à l’éclatement de l’U.R.S.S. sans jamais avoir été reconnue par les autres Etats. Deux photographes qui ont eu envie de rendre compte d’une réalité qui ne jouit « d’aucune reconnaissance internationale », pour reprendre les termes de la présentation du travail de Thomas Van Den Driessche à propos de la Transnistrie (http://www.thestoryinstitute.com/de-facto/, notre traduction) ou qui « n’apparaît pas sur les cartes », pour reprendre les termes de la présentation du travail d’Alvaro Deprit à propos du Haut-Karabakh (http://www.alvarodeprit.com/unnamed-3, notre traduction). Leur intérêt pour des situations qui existent effectivement à défaut d’exister formellement renvoie à celui des internationalistes se consacrant à l’étude de ces lieux de tension où viennent s’entrechoquer des considérations de légalité et d’effectivité. Les photographes et les juristes ne sont certes pas mus par les mêmes préoccupations. Leurs questionnements présentent toutefois ceci de commun qu’il s’agit, pour les uns et pour les autres, d’interroger la réalité et le fonctionnement d’un Etat qui n’existe qu’à ses propres yeux. C’est à partir de cette interrogation partagée qu’il semble possible de rapporter la manière dont ces photographies appréhendent la Transnistrie et le Haut-Karabakh à la façon dont le droit international les aborde. On verra que si l’illicéité de l’instauration et du maintien de ces républiques n’y est pas évoquée (I), les photographies alimentent un débat de nature juridique au sujet de ces entités créées illégalement en les mettant en scène comme une réalité lumineuse qui s’impose dorénavant, pour ce qui est de la Transnistrie, ou comme une réalité sombre qui semble encore instable mais dont on espère qu’elle se normalise dans l’intérêt de ses habitants, pour ce qui est du Haut-Karabakh (II). Continuer la lecture

« Homeland 5 » : une saison sous surveillance – Une analyse de François Dubuisson

maxresdefaultDepuis sa première saison, la série Homeland (5 saisons, 2010-2015) s’est toujours étroitement ancrée dans l’actualité internationale, en particulier dans le contexte de la « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis et ses alliés. Les deux premières saisons abordaient le conflit en Afghanistan, la troisième évoquait les relations avec l’Iran, tandis que le quatrième volet se déroulait au Pakistan et soulevait la question de l’utilisation des drones. La cinquième saison, diffusée à la fin de l’année 2015, prend cette fois pour cadre l’avènement de l’Etat islamique, la guerre civile en Syrie et les activités de cellules djihadistes installées en Europe. L’un des volets de la complexe intrigue développée au cours des 12 épisodes de « Homeland 5 » se centre sur la question de l’utilisation de la surveillance par les services secrets pour prévenir le terrorisme, et des craintes que cela peut susciter pour la préservation de la vie privée. Cette problématique fait directement écho à l’actualité, avec les révélations faites par Edward Snowden à propos des programmes d’espionnage de la NSA et les critiques formulées à l’encontre des Etats-Unis et certains de ses alliés, concernant le respect du droit à la vie privée et du droit à la liberté d’information (voir Assemblée générale des Nations Unies, « Le droit à la vie privée à l’ère du numérique », A/RES/68/167, 18 décembre 2013). Comme nous le montrerons, « Homeland » défend une vision « sécuritaire » de la surveillance, au prix d’une mise à l’écart des exigences de respect des droits fondamentaux, présentées comme devant s’effacer au profit de la « nécessité » des impératifs de la lutte efficace contre le terrorisme. Cela se marque tout d’abord par la manière très orientée dont est posé le débat relatif à la conciliation entre le respect de la vie privée et la mise en œuvre de moyens de surveillance à des fins de prévention du terrorisme. Cela se traduit ensuite par l’image très négative donnée des journalistes activistes et des lanceurs d’alerte. Continuer la lecture

A most wanted man (John le Carré – 2008): law and lawyers as appetizers – A review by Arnaud Louwette

a_most_wanted_man_26186When Issa, a young Chechen, clandestinely disembarks in Hamburg on a boat coming from Sweden, he is a troubled man. On the verge of madness, he has been jailed and tortured in both Russia and Turkey where he has been convicted of terrorism for reasons unknown to the reader. Not surprisingly given that background, Issa isn’t exactly the trusting type. And, when at some point, he contacts a lawyer, Annabel Richter, he does so with one precise – albeit obscure – goal, to serve as an intermediary with Tommy Brue, an old-fashioned private banker indebted to his natural father. The reader doesn’t know much of Issa’s convoluted background. But neither do intelligence services for that matters. They nonetheless acquire an interest in him given his past association with terrorism, the fact that he is an “illegal” migrant, and their perception of him as an Islamist radical. Amongst them, is Günther Bachmann, from a special service within German intelligence services. Continuer la lecture

Un droit dans la guerre ? – Saynète du 19 février 2016

12747480_961006007269040_9056923386063851301_oLe vendredi 19 février, l’ULB organisait sur le campus du Solbosch une après-midi de rencontre avec des élèves de dernière année du secondaire. A cette occasion, plusieurs membres du Centre ont participé à une activité reprenant le concept du Tribunal étudiant pour le règlement des différends internationaux (TERDI). L’atelier se composait d’un Président, de deux avocats plaideurs, et des étudiants de secondaire, dans le rôle de jurés.

La séance se déroulait de la façon suivante : Projection d’un extrait d’une série soulevant la question suivante : « en cas de conflit armé, des règles (de droit) doivent-elles s’appliquer ? ». Ensuite chacun des deux « avocats » (des membres du Centre de droit international) plaide afin de faire valoir sa position. Ainsi, Vaios Koutroulis plaidait pour l’application de règles lors des conflits armés, alors que Laurent Weyers réfutaient cette affirmation. Les étudiants-jurés disposaient ensuite de 10 minutes pour questionner les avocats afin d’affiner les positions de chacun. Enfin, les étudiants-jurés discutaient entre eux afin d’ébaucher une position commune, et de procéder au vote. Continuer la lecture

Russians (Sting, 1985) : I hope that international lawyers love their children too…. – Une analyse de Jacques Bellezit

Titre pacifiste phare du chanteur Sting sorti en 1985, Russians est une de ses chansons qui évoquent la complexité de toute une époque dans la culture populaire. De la même manière que la chanson Paint It Black des Rolling Stones est associée à la guerre du Vietnam, grâce notamment à Stanley Kubrick et son film Full Metal Jacket, Russians exprime à la fois avec douceur et angoisse la peur permanente de la destruction mutuelle par l’atome qui régnait pendant la Guerre Froide et, par contraste, un message universaliste de fraternité de paix et d’espoir. Continuer la lecture

Good Kill : drones, droit et politique, avec des analyses de Vaios Koutroulis, Amélie Férey et Christian De Cock

good-kill-poster1Le 4 mars dernier a eu lieu une séance de ciné-club organisée par le Centre de droit international ainsi que par Sciences Po Paris. L’idée était de croiser des analyses d’un juriste (Vaios Koutroulis, ULB), d’une politologue (Amélie Férey, Sciences Po Paris) et d’un militaire (Lieutenant Colonel De Cock). On les trouvera ci-dessous, ainsi qu’un bref compte-rendu du débat qui en a résulté. D’autres séances seront organisées ultérieurement sur le thème « guerre et cinéma ». Continuer la lecture

Entre droit à l’autodétermination et simple autonomie : « Le Blues de la porte d’Orléans » (Renaud, 1975) – Une analyse de Vincent chapaux

Renaud a sorti la semaine dernière son premier album original depuis 10 ans. L’occasion de revenir sur les positions politiques du chanteur qui dit aujourd’hui avoir embrassé un membre des forces de l’ordre (« J’ai embrassé un flic », (Album sans titre), 2016) mais qui n’a pas toujours développé des rapports aussi amicaux ni avec la maréchaussée ni avec l’institution qu’elle représente : l’Etat. Continuer la lecture