Archives de catégorie : Droit international et Cinéma

cinémaDepuis quelques années, les études sur le droit au cinéma ou dans les séries télévisées se sont multipliées, principalement aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Le droit international, en revanche, ne semble pas avoir fait l’objet de nombreuses études ou projets de recherche. Il y a quelques années, le New York University a lancé un projet intitulé « International Law and Films » (http://www.iiljfilms.blogspot.be/ ), mais ce projet semble en veilleuse depuis 2008, et ne reprend par ailleurs pas d’extraits de films pour illustrer le propos. Le présent projet consiste en revanche en une présentation d’extraits de films, de séries télévisées ou d’autres expressions audiovisuelles, dans lesquels le droit international est impliqué.

Pour chaque extrait, on part d’une présentation par définition subjective, opérée par la personne qui a choisi de le poster sur le site. La méthodologie suivie est similaire à celle qui est reprise dans l’ouvrage Du droit international au cinéma (Paris, Pedone, 2015), lequel reprend les actes du colloque organisé par le Centre de droit international à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Pour plus de confort, il est conseillé du lecteur d’imprimer le commentaire écrit et de le lire tout en consultant les extraits à partir de l’écran…

Toute personne intéressée peut envoyer une proposition de commentaire (qui doit faire entre 3 et 5 pages au maximum, images comprises) à Olivier Corten ( ocorten@ulb.ac.be ) et François Dubuisson ( frdubuis@ulb.ac.be ).

« Homeland 5 » : une saison sous surveillance – Une analyse de François Dubuisson

maxresdefaultDepuis sa première saison, la série Homeland (5 saisons, 2010-2015) s’est toujours étroitement ancrée dans l’actualité internationale, en particulier dans le contexte de la « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis et ses alliés. Les deux premières saisons abordaient le conflit en Afghanistan, la troisième évoquait les relations avec l’Iran, tandis que le quatrième volet se déroulait au Pakistan et soulevait la question de l’utilisation des drones. La cinquième saison, diffusée à la fin de l’année 2015, prend cette fois pour cadre l’avènement de l’Etat islamique, la guerre civile en Syrie et les activités de cellules djihadistes installées en Europe. L’un des volets de la complexe intrigue développée au cours des 12 épisodes de « Homeland 5 » se centre sur la question de l’utilisation de la surveillance par les services secrets pour prévenir le terrorisme, et des craintes que cela peut susciter pour la préservation de la vie privée. Cette problématique fait directement écho à l’actualité, avec les révélations faites par Edward Snowden à propos des programmes d’espionnage de la NSA et les critiques formulées à l’encontre des Etats-Unis et certains de ses alliés, concernant le respect du droit à la vie privée et du droit à la liberté d’information (voir Assemblée générale des Nations Unies, « Le droit à la vie privée à l’ère du numérique », A/RES/68/167, 18 décembre 2013). Comme nous le montrerons, « Homeland » défend une vision « sécuritaire » de la surveillance, au prix d’une mise à l’écart des exigences de respect des droits fondamentaux, présentées comme devant s’effacer au profit de la « nécessité » des impératifs de la lutte efficace contre le terrorisme. Cela se marque tout d’abord par la manière très orientée dont est posé le débat relatif à la conciliation entre le respect de la vie privée et la mise en œuvre de moyens de surveillance à des fins de prévention du terrorisme. Cela se traduit ensuite par l’image très négative donnée des journalistes activistes et des lanceurs d’alerte. Continuer la lecture

Good Kill : drones, droit et politique, avec des analyses de Vaios Koutroulis, Amélie Férey et Christian De Cock

good-kill-poster1Le 4 mars dernier a eu lieu une séance de ciné-club organisée par le Centre de droit international ainsi que par Sciences Po Paris. L’idée était de croiser des analyses d’un juriste (Vaios Koutroulis, ULB), d’une politologue (Amélie Férey, Sciences Po Paris) et d’un militaire (Lieutenant Colonel De Cock). On les trouvera ci-dessous, ainsi qu’un bref compte-rendu du débat qui en a résulté. D’autres séances seront organisées ultérieurement sur le thème « guerre et cinéma ». Continuer la lecture

Zero Dark Thirty, International law and film -The torturer as feminist? A review by Gabrielle Simm

Jessica Chastain in « Zero Dark Thirty. » Credit Jonathan Olley/Columbia Pictures

Zero Dark Thirty (2012) is a Hollywood film that depicts the hunt for, and killing of, Osama bin Laden by US forces in Pakistan in 2011. (See the earlier blog by Pauline Blistène, ‘Torture et prisons secrètes: Zero Dark Thirty, I’insoutenable figuration du réel?) Central Intelligence Agency (CIA) analyst Maya, the film’s heroine, was key to finding bin Laden. Her gender has been important in how the film is interpreted as critics debate whether or not it qualifies as a feminist film. An assumption underlying much of the debate seems to be that men wage war but women are peaceful. The issue of torture is central to whether or not Zero Dark Thirty is interpreted as a feminist film, while international law is largely irrelevant. Continuer la lecture

Torture et prisons secrètes : Zero Dark Thirty, l’insoutenable figuration du réel ? – Une analyse de Pauline Blistène

20365978Le 2 mai 2011, le monde apprend stupéfait la mort d’Oussama Ben Laden éliminé lors d’une opération ultra secrète des forces spéciales américaines, les célèbres Navy Seals, dans la ville d’Abbottābād au nord-est du Pakistan. Plus symbolique que stratégique, sa mort met fin à une décennie de recherche pour localiser l’homme derrière les attaques du 11 septembre 2001.

Un an et demi plus tard, le public découvre dans les salles obscures les « dessous » de cette chasse à l’homme dans un film au titre évocateur : Zero Dark Thirty, pour minuit et demi en jargon militaire, l’heure de lancement de l’opération des forces spéciales. Réalisé par Kathryn Bigelow et écrit par Mark Boal, le film retrace les dix années d’opérations clandestines et de guerre secrète menée par la CIA pour retrouver Oussama Ben Laden en se concentrant sur un personnage clé : Maya, sorte de moine-combattant qui, contre sa hiérarchie, ne renonce jamais à retrouver la trace de l’homme responsable des attaques de 2001. Outre l’avertissement dès la première image précisant que le film est « basé sur des informations de première main concernant des événements réels », la réalisatrice fait usage de procédés formels divers (archives sonores et visuelles) qui visent à renforcer l’apparente authenticité du film, comme un rappel récurrent dans la fiction, de la guerre à la Terreur (War on Terror) « réelle ». Continuer la lecture

Indiana Jones and International Law: Hero or Looter? – A review by Lucas Lixinski

indianaThe iconic Indiana Jones quadrilogy, particularly the first three movies, have been highly influential in nurturing generations of archaeologists. Those movies are pop culture, and thereby speak to a more general audience, but they are highly influential in communicating ideas about heritage and international law around it. They focus more on the figure of the archaeologist as an adventurer, and the ethics of that profession, but they also portray the ethics and law around cultural artefacts. But the relationship between the whip-wielding, fedora-wearing iconic action character and the law is more complicated. From the perspective of international law, if Indiana Jones were around today he would be likely characterized as a looter, yet one whose activities would be condoned and even encouraged by the politics of the field of international cultural heritage law. Continuer la lecture

Storm (La révélation, Hans-Christian Schmid, 2010): sons et images sur les victimes et les limites de la justice internationale pénale – Une analyse de Marie-Laurence Hébert-Dolbec

Mise en page 1Manifestement inspiré voire influencé par l’intrigue judiciaire autour de l’ex-Président de la République serbe de Bosnie, Radovan Karadzic, Storm (traduit en français par La révélation), film de Hans-Christian Schmid, a comme toile de fond la justice internationale pénale post-Guerre froide et, plus précisément, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (ci-après « le TPIY »). Ce film nous entraîne au cœur de la justice internationale pénale et des tractations politiques et judiciaires concomitantes au procès de Goran Duric (Drazen Kühn), candidat vedette à la présidence d’une Serbie qui veut (et que l’on veut voir) accéder à l’espace européen. Après avoir été écartée d’un poste important au sein du Bureau du Procureur au profit d’un collègue masculin, Keith Haywood joué par Stephen Dillane, Hannah Maynard (Kerry Fox) hérite des rênes du procès Duric pour des événements ayant eu lieu dans le village serbe de Kosmaj. Or, lorsque le témoin sur lequel reposait l’accusation – Alen Hajdarević (Kresimir Mikic) – se donne la mort après un contre-interrogatoire ayant miné sa crédibilité, Maynard part sur les traces de ce dernier. La quête de l’avocate l’amène dès lors à réaliser que le témoin voulait rendre justice à sa soeur – Mira Arendt (Anamaria Marinca). Celle-ci se révèle être, non seulement, la véritable clé de l’affaire, mais permet également de démontrer l’existence d’un camp où étaient commises des violences sexuelles à l’égard des femmes dans le village de Vilina Kosa. S’en suit une longue cavale pour l’amener à témoigner. Continuer la lecture

Fantômes balkaniques et prémonitions munichoises : The Lady Vanishes (Alfred Hitchcock, 1938) – Une analyse d’Antoine Buchet

lady_vanishesL’espionnage et les rivalités entre grandes puissances occupent une place prépondérante dans la première période anglaise d’Alfred Hitchcock, entamée à l’ère du muet dans les années 1920. On y retrouve en particulier la version originelle de The Man who Knew too much (L’homme qui en savait trop), dont il fera lui-même le remake en 1956, mais aussi The Thirty-Nine Steps (Les 39 marches), qui préfigure l’un des films les plus remarquables de sa période américaine, North by Northwest (La mort aux trousses). On y savoure aussi les délicieuses aventures de Miss Froy, dans The Lady Vanishes (Une femme disparaît), produit et réalisé en 1938, et sorti sur les écrans au mois d’août de la même année – la date a son importance, on y reviendra.

Continuer la lecture