J’ai vu ce film au moment de sa sortie, en 1957. Je devais avoir 13 ou 14 ans (selon le mois où je l’ai vu). Ce qui m’avait le plus impressionné, à l’époque, c’était d’abord, l’ensemble parfait avec lequel les soldats britanniques capturés par les Japonais, entraient dans le camp de prisonniers de guerre en sifflant en choeur, à l’unisson, le refrain bien connu « Le soleil brille, brille, brille ».
Ensuite, et surtout, il y avait cette première scène du film entre le commandant japonais du camp de prisonniers de guerre et Alec Guiness, dans le rôle d’un officier britannique. A. Guiness montrait au premier le texte de la Convention de Genève (CG) de 1929 sur les prisonniers de guerre pour lui rappeler les obligations qui lui incombaient en tant que chef de ce camp. Je ne me souvenais pas de l’objet précis des réclamations d’A. Guiness – la scène reproduite ici montre que l’officier britannique se prévalait des dispositions de la 2e CG de 1929 (l’art. 29) qui interdit à la Puissance détentrice de faire travailler les officiers, une règle toujours en vigueur (3e CG de 1949, art. 49). Or, ce qui m’avait surtout frappé dans cette scène, c’était moins l’invocation de cette convention que la réaction de l’officier japonais qui avait giflé A. Guiness avec l’opuscule contenant le texte de la convention et avait ensuite jeté ce texte à terre.
J’étais loin d’imaginer, en 1957, que je deviendrais, un jour, juriste et spécialiste du droit international humanitaire, mais cette scène s’est gravée dans ma mémoire et, même si j’en avais oublié les détails – il m’importait peu qu’un officier pût bénéficier d’avantages refusés aux hommes de troupe –, le geste de mépris de l’officier japonais pour le texte de la règle m’avait laissé un souvenir impérissable. Je ne crois pas qu’il fallait y voir un signe annonciateur de la route que j’allais suivre ensuite, et qui répondait à une toute autre logique, mais la coïncidence entre la réaction d’un adolescent et son parcours professionnel ultérieur était suffisamment amusante pour qu’Olivier Corten, l’initiateur de cette série – cinéma et droit international – m’invitât à préfacer ce premier film en relatant une anecdote qui était, peut-être – que je le veuille ou non –, une marque du destin …
Eric DAVID.
Autres extraits du film faisant référence au droit international:


















