Barbara Delcourt au Centre de droit international (1994-97)

Macintosh HD:Users:olivier:Desktop:Capture d'écran 2017-09-25 17.06.52.png

Barbara en 1998, juste après son passage au Centre de droit international. Elle avait été lauréate et premier prix de plaidoiries du concours Rousseau de plaidoiries en droit international en 1992 (Paris Sorbonne), dont on aperçoit le trophée derrière le ballon de football tenu par Olivier Paye, lui-même lauréat en 1990.

Barbara au Centre de droit international, ce fut d’abord, et avant tout, une contribution décisive à la réalisation d’un projet pharaonique dont le Centre avait le secret, celui du Dictionnaire de droit international public qu’avait lancé Jean Salmon quelques (!) années plus tôt. Engagée dans le cadre d’un contrat mini-ARC, Barbara a partagé ses années au Centre entre le secrétariat du Dictionnaire et la rédaction de sa thèse consacrée à La reconnaissance conditionnelle des républiques yougoslaves – Un test de politique étrangère européenne. Elle continuait, ce faisant, le cheminement qu’elle avait entamé au cours de ses études, un pied dans chaque univers : relations internationales, d’un côté, droit international public de l’autre. Cette double expertise, elle l’aura fait fructifier tout au long de sa carrière académique.

Mais Barbara au Centre de droit international, ce fut bien plus que cela, comme en témoigne la place centrale qu’elle a occupée dans plusieurs projets scientifiques collectifs regroupant les membres du Centre autour des thématiques les plus chaudes de l’heure : application du principe de l’uti possidetis en dehors des situations de décolonisation, analyse des discours de légitimation de l’intervention militaire au Kosovo, développement et impact de la lutte contre le terrorisme…

On était alors —pour la plupart de ces projets— dans la seconde moitié des années 90, une période floue où les espoirs soulevés au début de la décennie par l’annonce d’un nouvel ordre mondial avaient sombré corps et bien, leurs vestiges ensevelis sous les dramatiques cafouillages à répétition des « communautés » de tous ordres –européenne en ex-Yougoslavie, internationale au Rwanda…

Dans ses contributions à ces différents projets, dans ses analyses d’une impitoyable précision, Barbara excellait (déjà…) à faire tomber les masques, à projeter une lumière crue sur les incohérences et l’hypocrisie des discours officiels, bienséants et lénifiants. C’est un autre trait dont elle ne s’est jamais départie et qu’elle combinait souvent avec un sens de l’humour redoutable.

Barbara au Centre de droit international, c’était aussi —dans un registre bien différent— une femme dans un univers d’hommes. Il y en avait beaucoup au Centre, à l’époque, barbus ou non, profs, doctorants, assistants, objecteurs de conscience (eh oui…). En fait, il n’y avait même que cela, à l’exception —bien sûr…— de notre merveilleuse secrétaire de l’époque, Irène Arnoldy. C’est donc dire que Barbara a du se tailler une place, un espace, affirmer —et démontrer— sa légitimité, et questionner, parfois, des modes de fonctionnement tellement bien établis pour des hommes pour qui le monde universitaire était très généralement l’alpha et l’omega. Dans toute cette mesure, son passage au Centre n’aura certainement pas manquer de renforcer les convictions et l’engagement féministes qui ont toujours été les siens.

Barbara au Centre de droit international, c’était encore un souffle de légèreté et d’impertinence, l’art de faire un pas de côté pour changer de perspective et montrer qu’après tout, les choses n’étaient peut-être pas si graves. Là aussi, son humour caustique faisait toujours merveille.

Barbara et le Centre de droit international, c’est resté une complicité au long cours. Après son départ pour d’autres rivages (ceux, pas très lointains, de la section de sciences politiques, puis de l’Institut d’études européennes) Barbara fut sans doute l’une des membres associées du Centre les plus impliquées dans ses activités et dans ses projets, qu’elle suivait avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie. Sa présence était toujours appréciée, ses interventions toujours attendues.

Quatre ans dans un centre de recherches, ce n’est pas bien long. Mais dans certains cas, comme celui de Barbara, ça fait quand même de quoi laisser une sacrée empreinte. C’est l’heure de lui dire que celle qu’elle a laissée au Centre de droit international n’est pas près d’être oubliée.

Pierre Klein

Directeur-adjoint du Centre de droit international

22 septembre 2017

Les hommages à Barbara Delcourt se sont multipliés et font état de l’ampleur qu’a pu prendre sa carrière après son passage au Centre de droit international. Vous trouverez ci-dessous les liens qui en témoignent :

Un hommage plus personnel a déjà été mis en ligne sur le site du Centre de droit international : http://cdi.ulb.ac.be/hommage-a-barbara-delcourt/